Sylvie Anahory est professeur certifiée de lettres modernes, diplômée en histoire de l’art, elle vient de remporter le premier prix du public au forum des enseignants innovants qui se tenait à Dax les 4 et 5 juin derniers.
Bonjour Sylvie et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pouvez-vous commencer par vous présenter brièvement ?
Bonjour, je suis professeur de français en 6ème et de latin en 4ème et 3ème. Je travaille dans un collège du Tarn. J’ai suivi une formation initiale en histoire de l’art, complétée en histoire et anthropologie historique pour m’orienter vers la conservation de musée. Les hasards de la vie m’ont amenée vers l’enseignement des lettres. Toutefois, j’ai toujours développé mon goût pour les arts (organisation d’expositions et projet d’ouverture d’une galerie). Dans le cadre de l’enseignement, j’utilise depuis longtemps la lecture de l’image pour déclencher chez les élèves la parole ou le texte. Cela permet également d’aiguiser le regard grâce à l’observation.
Le 3 juin dernier, à Dax, vous avez remporté le prix du public du forum des enseignants innovants sur un projet dont le thème était : « une mise en abyme des œuvres patrimoniales dans le générique de Desperate Housewives ». Pouvez-vous commencer par nous expliquer votre démarche à l’égard de ce « concours » (motivation, enjeux, etc.) ?
Il n’est pas toujours facile de « faire reconnaître son travail au sein de l’institution », ce sont les mots que François Jarraud, rédacteur du Café Pédagogique (l’organisateur de ce forum) a prononcé lors de la remise des prix. J’ai d’ailleurs été surprise par le nombre important de candidats qui semblaient assez isolés dans leur innovation pédagogique. Voilà probablement ma première motivation ; participer à ce forum me permettait d’échanger avec des collègues sur des pratiques dites innovantes. L’enseignant travaille souvent seul, mais n’a pas le recul ni le retour sur ce qu’il entreprend, sauf bien sûr avec les élèves. Les échanges ont été fructueux, riches et constructifs, mais deux jours de rencontre c’est bien court, il faut faire vite et malheureusement je n’ai pas pu voir tous les projets.
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistait votre projet ?
J’ai mené cette expérience pédagogique dans le cadre de la mise en place de l’accompagnement éducatif (pratique artistique et culturelle) et de l’enseignement transdisciplinaire de l’histoire des arts. Y ont participé, de manière volontaire, des élèves de 6ème et de 5ème.
Cette activité s’insérait dans une séquence consacrée à la lecture des images ; j’insistais d’abord sur la distinction entre image fixe et mobile, puis sur la compréhension des notions de plans et de cadrage. Les élèves ne savaient pas qu’ils allaient découvrir le générique d’une série télé qui détournent des images issues du patrimoine artistique. Nous avons étudié les œuvres qui figurent dans le générique, puis nous l’avons visionné.
Il s’agissait de sensibiliser les élèves à la lecture de l’image afin de les amener à développer l’analyse pour mieux comprendre le support iconographique qui les sollicite tant ; puis de montrer combien les œuvres du patrimoine artistique peuvent nourrir aujourd’hui la création contemporaine à l’exemple du générique d’une série télévisuelle : Desperate Housewives. Enfin, l’activité permettait d’aborder les fonctions de l’image : sociologique, historique ou esthétique.
Qu’espérez-vous comme retombées et/ou perspectives après avoir reçu ce prix ?
C’est encore tôt pour pouvoir répondre à cette question, mais je souhaiterais participer à un groupe de recherche sur l’introduction de l’histoire des arts dans les programmes scolaires.
Vous venez de publier le premier tome d’un livre très intéressant : Histoire des Arts et Français : pour une pédagogie par l’image. Ce livre a la particularité d’être publié sous licence libre creative commons by-nc-nd. Pourquoi ce choix ? Pensez-vous que l’utilisation d’une licence libre soit caractéristique d’une démarche innovante ?
Ce livre, je l’ai avant tout écrit pour les nombreux collègues qui sont désemparés face à cette nouvelle discipline : l’histoire des arts. Il est vrai que les instructions officielles précisent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de « formation spécifique ». Personnellement cela me semble incohérent. C’est comme si l’on me demandait d’enseigner la physique ou l’anglais alors que j’en suis incapable. J’ai développé des analyses d’œuvres que j’ai travaillées avec des élèves de 6ème.
Mes démarches auprès des éditeurs classiques ont été vaines, alors tout naturellement je me suis tournée vers un éditeur libre et j’ai libéré une partie des droits d’auteurs. Mon mari travaille depuis plusieurs année dans le domaine du logiciel libre et c’est lui qui m’a fait découvrir l’édition libre et la licence creative-commons.
Il est évident que les licences libres encouragent le partage des savoirs, par leurs facilités de mise en ouvre. La libéralisation d’une partie des droits ne fige pas un travail et stimule la création en commun. Une recherche ou une œuvre peuvent ainsi continuer à évoluer, à s’améliorer avec l’apport d’autrui. Le succès et l’efficacité des logiciels libres en est une preuve. C’est un modèle d’avenir pour notre société.
Le livre de Sylvie Anahory est disponible en version papier et en version PDF.


