L’évolution des pratiques pédagogiques via le numérique était à l’honneur au Forum Retz des Sciences humaines, qui s’est tenu le mois dernier à l’ENSAM. Entre autres interventions (notamment celle de François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique, sur les perspectives de l’école numérique), celles d’ André Tricot, membre de l’IURFM du Midi-Pyrénées, a retenu notre attention : traitant des apports et des limites des TICE dans l’apprentissage, ce psychologue s’appuie sur les travaux de recherche récents pour présenter un panorama des outils de nouvelles technologies, déjà utilisés ou bientôt disponibles pour l’enseignement.
Suit une évaluation de la plus-value de chaque outil technologique utilisé au service de l’enseignement. André Tricot s’appuie sur les dernières études menées en sciences cognitives pour recenser les qualités et défauts de chaque outil, selon une grille qui prend en compte la fonction pédagogique, l’apport à l’élève et celui à l’enseignant, les limites constatées dans l’usage, etc. Serious games (ou applications ludo-éducatives), exerciseur, hypermédias, documents électroniques, plateformes d’apprentissage collaboratifs : les innovations technologiques sont passées au crible, et mènent à des conclusions globalement convergentes :
1- L’idée d’un apprentissage autonome rendu possible grâce aux technologies est bel et bien une illusion : sans un tutorat par le professeur, l’utilisation des TICE donne lieu à une perte de temps par les élèves, un manque de focalisation sur les tâches à accomplir et des résultats moins satisfaisants.
2- La maitrise des TICE requiert des compétences organisationnelles (gestion du temps, compréhension de l’outil, etc.) de la part de l’élève. En conséquence, ce sont les meilleurs élèves qui tirent le plus grand profit de ces outils, alors que le fossé ne fait que se creuser avec les élèves en difficulté : l’exigence de la tâche n’en est qu’augmentée, au lieu d’être simplifiée.
3- L’amélioration de la qualité d’apprentissage ne peut être traitée indépendamment de la situation d’apprentissage. La situation prend en compte l’environnement (élève en classe ou seul chez lui), le niveau des élèves et le contenu de la tâche donnée.
En définitive, si la richesse des TICE ne prête pas lieu à débat, force est de constater qu’elles ne se suffisent pas à elles-mêmes : leur pertinence pédagogique reste soumise à une “bonne” utilisation et à un certain nombre de pré-requis : formation des professeurs, renouvellement des pratiques pédagogiques, utilisation d’outils adaptés, etc.


